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Le langage inclusif pour les nul·les

On fait le point sur le point médian

Un des outils pour écrire de manière inclusive est l’utilisation du point médian, c’est-à-dire ce signe de ponctuation · qui permet de contracter ou abréger en un seul mot ses formes masculine et féminine comme dans « étudiant·es » ou « chirurgien·ne ».
Dans le débat actuel sur l’écriture inclusive, c’est lui qui cristallise toutes les tensions (comme démontré par l’étude Mots-Clés et Google sur la perception de l’écriture inclusive par les internautes en France), au point que la détestation du point médian en vient à rendre impossible un débat nuancé et bienveillant sur le langage inclusif dans son ensemble. Accusé d’être moche, de rendre illisible les mots, d’être une aberration, il n’est pourtant qu’un outil parmi d’autres. Faisons le point sur ce fameux point médian, aussi parfois appelé point milieu.

L’écriture inclusive peut très bien se passer du point médian

Je le repète, le point médian est UN outil parmi d’autres dans la boîte à outils de celles et ceux qui veulent s’exprimer de manière inclusive. Des livres de plusieurs centaines de pages sont entièrement écrits de manière inclusive sans jamais l’utiliser et il en va de même pour cet article.

Dans Les 3 règles très simples du langage inclusif, vous retrouverez les autres outils disponibles parmi lesquels l’énumération (écrire « les étudiants et les étudiantes » en entier, sans abréger) qui marche dans 100% des cas (même si c’est plus long) ou les termes englobants ou épicènes (comme « le corps enseignant » ou « les élèves ») non marqués en genre.

Il n’y a strictement aucune obligation d’avoir recours au point médian. Jamais. On peut donc très bien être contre son utilisation sans être contre toute l’écriture inclusive en bloc.

Rejeter toute l’écriture inclusive seulement à cause du point médian, c’est comme refuser d’entrer dans un restaurant parce qu’il y a un seul plat à la carte qui ne nous plaît pas.


Attention donc aux arguments qui instrumentalisent le point médian pour disqualifier toute l’écriture inclusive, en mettant par exemple en avant son illisibilité par les personnes dyslexiques. Sur ce sujet, on manque de données scientifiques sur cet impact et la dyslexie peut prendre de nombreuses formes différentes, certaines sensibles à la ponctuation d’autres non. Ce qui est certain, c’est que si l’on n’utilise pas le point médian mais qu’on utilise les autres outils à notre disposition, on peut très bien écrire de manière inclusive et accessible.

A l’oral, le point médian disparaît

Une des critiques faite au point médian est la difficulté de de l’oraliser, c’est-à-dire le dire à l’oral.
Il faut bien avoir en tête que le point médian est un signe qui permet d’abréger deux mots en un à l’écrit et qu’à l’oral il ne se prononce pas.
De la même manière que vous oralisez M. en Monsieur et Mme en Madame, vous direz à l’oral « étudiant·es » en « étudiantes et étudiants » ou « étudiants et étudiantes » dans l’ordre de mention que vous préférez. En d’autres termes, à l’oral, le point médian ne se lit pas, tout simplement, mais à l’écrit il est pratique pour gagner du temps ou de l’espace.

On recommande un usage raisonné du point médian

Dans les conventions du langage inclusif que je pratique, je pratique un usage dit raisonné du point médian, c’est-à-dire que je ne l’utilise que lorsque les mots au masculin et au féminin sont proches (un ou deux lettres de différence) comme dans avocat·e, commandant·e ou infirmier·e.
Ici, le point médian ne perturbe que très peu la lecture du mot. De même, je ne mets qu’un seul point médian quand le mot est au pluriel comme dans chef·fes (que je n’écris pas chef·fe·s)
En revanche, je l’évite pour le moment quand les mots sont plus éloignés et je n’utilise pas de néologisme de type auditeurice ou lecteurice. A la place, je dis « auditrices et auditeurs » ou je parle du lectorat.

Mais au fait, pourquoi le point médian ?

On choisit plutôt le point médian que le point final, la parenthèse ou le slash car le point médian est dépourvu de toute autre signification symbolique.
Quand on met le e entre parenthèses, cela revient symboliquement à mettre les femmes entre parenthèses. Le point médian ne signifie rien, il est neutre.

En conclusion, il est important de considérer le point médian pour ce qu’il est : un outil parmi d’autres, bien pratique mais jamais indispensable. Ne laissons pas un petit point nous éloigner de l’objectif principal du langage inclusif : représenter justement les femmes et les hommes dans la langue.

Pour aller plus loin, vous pouvez revenir aux 3 règles très simples du langage inclusif ou dépasser la dimension très binaire homme/femme en réfléchissant à l’invention de nouveaux mots plus inclusifs.

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